Trouble borderline, trouble de la personnalité ...

Qu'est ce que la personnalité ?

La personnalité, c’est ce qui nous rend uniques. C’est notre façon habituelle de penser, de ressentir et de nous comporter au quotidien.

Elle se construit au fil de nos expériences et de nos relations avec les autres.

La personnalité devient un problème lorsqu’elle devient trop rigide. Les réactions deviennent inadaptées, et cela peut provoquer de la souffrance pour soi et pour son entourage.

Selon le DSM-5, un trouble de la personnalité touche quatre domaines principaux :

  • la façon de voir et de comprendre les situations (cognition)
  • la gestion des émotions (affectivité)
  • les relations avec les autres
  • le contrôle des impulsions

Pour qu’on parle de trouble de la personnalité, ces difficultés doivent être durables, présentes depuis longtemps et toucher plusieurs aspects de la vie (travail, famille, vie sociale…).

Important : seul un psychiatre peut poser un diagnostic de trouble de la personnalité. En tant que psychologue, je peux vous aider à mieux comprendre ce qui se passe et à travailler sur ces difficultés en thérapie.

Le trouble de personnalité borderline

Ce trouble peut se définir selon une triade :

- l'instabilité (dans les relations interpersonnelles, les émotions et les l'image de soi),

- l'impulsivité (humeur instable, émotions violentes, crise permanente, comportements à risques),

- les émotions intenses (la colère qui alterne avec le vide et l'ennui). C'est un complexe de défenses, déficits et vulnérabilités.

Facteurs neurobiologiques

D'un point de vue neurobiologique, selon Siever et Davis (1991) :

- la dysrégulation émotionnelle serait due à un système noradrénergique trop actif.

- Le déficit de contrôle comportemental serait dû à un déficit sérotoninergique (le trouble borderline, partagerait ainsi des points communs
avec les troubles dépressifs et anxieux).

- O’Leary et Cowdry (1994) in Bockian (2002) postulent que  les patients borderline aurait un déficit de la mémoire, ce qui contribue aux difficultés à maintenir un sens de soi et à utiliser le passé pour répondre aux événements présents et prévoir les conséquences futures (répétition d'erreurs)». Le déficit serait au niveau de la mémoire à la fois visuelle et verbale.

D'un point de vue anatomique, l'amygdale aurait un excès de substance grise et serait mal régulée par le cortex cingulaire antérieur. Cela a pour conséquence une suractivation de l'amygdale. Ainsi, les stimuli seraient perçus comme plus menaçants.

En situation vécue comme menaçante, les patients borderline auront tendance à se dissocier de la réalité . Cela implique le système parasympathique du système
nerveux autonome. Face à une menace, sa fonction est de freiner le système sympathique ; en cas de stress aigu, il ne se déclenche plus, ce qui induit la dissociation pour échapper à la scène traumatique. La dissociation permet d'éviter les stimuli menaçants et d'échapper à la réalité vécue.

Les facteurs de vulnérabilité

Les modèles explicatifs

Le modèle des schémas précoces inadaptés de Young (1990,1999)

Le modèle des schémas précoces inadaptés de Young (1990,1999) décrit les schémas comme des souvenirs, des émotions, des sensations et des pensées. Ils puisent leur origine dans les besoins affectifs fondamentaux non comblés (sécurité, attachement, autonomie, liberté, limites, expression,...). Ils agissent comme des filtres cognitifs pour interpréter le monde. Dans l'enfance ils étaient adaptatifs, puis sont devenus dysfonctionnels en se rigidifiant. Pour Young les schémas influencent les interactions interpersonnelles et guident les comportements, ils seraient également au cœur des troubles de la personnalité

Le modèle de Marsha Linean

Le modèle bio psycho-social de Linehan (1993), explique la construction du trouble borderline comme la combinaison d'une vulnérabilité émotionnelle biologique et un environnement invalidant qui valorise le contrôle des émotions, un jugement émotionnel négatif et une invalidation de la détresse. Cette combinaison mènerait à une dysrégulation émotionnelle (sensibilité accrue aux stimuli, intensité émotionnelle plus élevée que la moyenne, retour à l'état de base plus lent) et une
identité instable. Cette combinaison aurait pour conséquence des stratégies inadaptées de régulation émotionnelle avec des comportements dommageables (impulsivité, relations chaotiques, suicides, auto-mutilation).

Le modèle de Beck & Freeman (1990)

La personnalité borderline serait un trouble relié à 3 patterns stables et durables :

- les croyances de base dysfonctionnelles,

- une pensée dichotomique

- un faible sens de l'identité.

Les trois croyances de base qui reviennent régulièrement dans ce type de personnalité :

-"je suis impuissant et vulnérable",

-"je suis intrinsèquement inacceptable",

-"le monde est malveillant et dangereux".

Le faible sens de l'identité amènerait les patients borderline à avoir un faible sentiment d'auto-efficacité face à l'adversité.

La TCCE pour le trouble borderline 

ÉMOTIONS

Mettre en place une base pour gérer les crises
Apprendre à observer ses émotions : les reconnaître, évaluer leur intensité et leur fonction
Tenir un journal des émotions pour mieux repérer les déclencheurs
Pratiquer la pleine conscience et la relaxation
Développer la tolérance aux émotions négatives et à la frustration
Apprendre la résolution de problèmes
Réintroduire des activités plaisantes et mieux se connaître

Attention : un excès de réassurance peut freiner l’apprentissage de l’auto-régulation


COMPORTEMENTS ET RELATIONS

Diminuer l’impulsivité en apprenant à différer
Prendre soin de soi au quotidien (travail sur l’identité)
S’exposer progressivement aux situations évitées
Développer l’affirmation de soi et la communication
S’entraîner aux relations (jeux de rôle, modeling)


COGNITIF

Identifier les schémas
Modifier les pensées automatiques négatives
Travailler les distorsions cognitives


PROCHES

Mieux comprendre le trouble pour mieux aider

Valider les émotions sans les minimiser
Rester calme face à l’impulsivité
Ne pas forcer le dialogue
Poser des limites claires
Demander et accepter de l’aide

A télécharger le livret pour les proches :

 

 

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Bibliographie : 

Ball, J. S., & Links, P. S. (2009). Borderline personality disorder and childhood trauma: Evidence for a causal relationship. Current Psychiatry Reports, 11(1), 63–68

Beck, A. T., & Freeman, A. M. (1990). Cognitive therapy of personality disorders. Guilford Press.

Guelfi J-D. (2002). La personnalité : théories et modèles généraux. Dans Féline, Guelfi & Hardy (dir.). Les troubles de la personnalité, op. cit.

Linehan, M. M. (1993). Diagnosis and treatment of mental disorders.Cognitive-behavioral treatment of borderline personality disorder. Guilford Press.

MacIntosh, H. B., Godbout, N., & Dubash, N. (2015). Borderline personality disorder: Disorder of trauma or personality, a review of the empirical literature. Canadian
canadienne, 56(2), 227–241.

Oldham, J. M., Skodol, A. E., Gallaher, P. E., & Kroll, M. E. (1996). Relationship of symptoms to histories of abuse and neglect: A pilot study. Psychiatric and
American borderline Quarterly, 67(4), 287 295.

Siever, L. J., & Davis, K. L. (1991). A psychobiological perspective on the personality disorders. The American Journal of Psychiatry, 148(12), 1647–1658.

Vinet, C., Rahioui, H., & Louppe, F. (2018). Lecture des troubles de personnalité limite à travers la théorie de l’attachement. Annales Médico-Psychologiques, Revue
Psychiatrique, 176(5), 456–461.

Young, J.E. (1990,1999). Cognitive therapy for personality disorders: A schema-focused approach
(revised edition).